Le passage du grand émissaire
L'aspect hydraulique
La technique de la tranchée, choisie par le concessionnaire parce que moins coûteuse, l'oblige à faire passer le tunnel au-dessus des ouvrages souterrains existants, en l'occurrence le grand émissaire. (collecteur principal des égouts de Marseille)

On voit même sur ce schéma que, dans l'impossibilité de passer au-dessus de l'émissaire, le TPS passe dedans !
On peut s'étonner que cette coupe qui démontre que le projet prévoit d'amputer cet émissaire de 21 % de sa section, ne figure pas au dossier d'enquête.
Nous ne parlerons que pour mémoire, des conséquences de voisinage (odeurs, risques sanitaires…) pendant les travaux sur l'émissaire à ciel ouvert …!
Nous n'avons pas obtenu non plus d'information précise sur le régime nominal et exceptionnel du grand émissaire au niveau du Rond-Point. On sait toutefois, que dès les années 60, cet ouvrage avait atteint les limites de sa capacité ( voir http://www.seram-marseille.fr/Presentation/Historique/En-savoir-plus)
Nous savons également que les épisodes pluvio-orageux violents sont de moins en moins exceptionnels et qu'ils entraînent des surcharges importantes du réseau unitaire.
Le principe de précaution voudrait que l'on conserve sa pleine capacité au collecteur des eaux de tout Marseille.
Cette amputation d'un ouvrage public,
certes caché mais essentiel pour l'ensemble de la ville,
nous semble constituer un motif suffisant pour rejeter le projet dans sa forme actuelle.
Conséquences sur la voirie
Malgré l'amputation par le haut du grand émissaire, et malgré une réduction de la hauteur de passage de 3,60 mètres à 3, 50 mètres, malgré la réduction de l'épaisseur de la dalle et malgré la suppression de signalisation en plafond (Cf Rapport de présentation du Président de la Communauté Urbaine Marseille Provence Métropole au Conseil de la Communauté en date du 21 janvier 2008 – page 11 – alinéa 7 à 12) , la hauteur du tunnel oblige tout de même à rehausser la voirie du Rond-Point de 64 cm et implanter un gigantesque camembert de 43 m de diamètre.

Ce camembert construit pour protéger la tranchée ouverte condamne 6 voies de circulation qui assurent actuellement la liaison directe nord-sud ainsi que les flux ouest-nord et est-sud.
Toujours à cause de ce camembert , on supprime 6 mètres (12 mètres en Ø), soit pratiquement 2 voies en périphérie du rond-point.
Cette deuxième amputation d'un autre ouvrage public majeur qui nous est présentée dans l'enquête (§ 5.6.1 page 359) comme une volonté "d'induire des aménités (!) pour les riverains" n'est en fait que la conséquence catastrophique d'un choix technique dicté par l'économie.
Cette sortie du tunnel vers Prado 2,
qui condamne les 6 voies d'un axe majeur et 2 voies d'un rond-point névralgique,
doit être rejeté dans sa forme actuelle, en tranchée à ciel ouvert.
Les flux de circulation
Sans remettre en cause les hypothèses chiffrées, ni les hypothèses comportementales, ni la méthodologie de simulation des flux, ni la sincérité des résultats des études de circulation présentées dans l'enquête publique, on observe que toutes les simulations présentées dans l'étude publique semblent avoir été faites à l'échelle "macro", du quartier ou de la ville.
Ces résultats sont intéressants, mais ils supposent que, sur chaque axe, les flux circulent librement.
Comme nous allons le voir, c'est loin d'être le cas.
Nous nous sommes donc intéressés aux points névralgiques et en particulier au Rond-Point du Prado. Pour évaluer, le plus précisément possible les conséquences des aménagements réalisés, nous avons observé les flux transitant sur le Rond-Point et moyenné les résultats de plusieurs observateurs.
Le détail des résultats de cette étude sort du cadre ce ce site. Ils peuvent être consultés, au siège de l'association, dans une copie du dossier remis au comissaire enquêteur.
Nous nous contenterons, ici, de lister les conséquences les plus catastrophiques de cet ouvrage tel qu'il est conçu :
- Le rond-point
Il voit transiter un énorme flux en périphérie, au point que les flux de contournement habituels deviennent négligeable !
Le Rond-Poit étant actuellement à la limite du blocage sur sa périphérie, on imagine le résultat avec des flux triplés et des voies réduites de moitié.
- Rabatau
Rabatau est allégé, d'une partie de son traffic habituel, mais il n'y a plus qu'une voie disponible, la concentration reste donc importante.
De plus, nous ne visualisons pas qu'une bonne partie de ce flux est constituée de poids-lourds.
- Prado 1
Prado 1 est encore plus surchargé à la sortie du Rond-Point, puisque l'accès direct à la contre-allée a été supprimé
- Michelet
Le gros point noir reste Michelet : le flux supplémentaire annoncé par l'enquête ne peut pas être absorbé et surtout, le flux qui est censé entrer dans le tunnel est bloqué dans un entonnoir.
Le phénomène est similaire en sortie mais, facteur aggravant, dans ce sens les voitures sortent du tunnel directement sur un feu rouge. Les usagers du tunnel seront donc stockés à l'intérieur avant de pouvoir sortir.
La traversée du Rond-Point du Prado
par le tunnel en tranchée ouverte n'est pas acceptable.
L'implantation des entrées/sorties sur Michelet doit être éloignée du Rond-Point.
Tramway
Sur Michelet
Nous avons vu ci-dessus que le PDU prévoit une ligne de tramway du centre-ville à la Pointe Rouge en passant par le Rond-Point du Prado et l'obélisque de Mazargues.
Bien que l'étude de Prado Sud y fasse référence dans son § 3.2 "variantes de tracé", l'observation attentive du plan d'aménagement du Rond-Point du Prado repris à la page 250 du dossier d'enquête ne permet pas d'imaginer un passage pour ce tramway au niveau des trémies d'accès au tunnel sur le boulevard Michelet
Il faudrait éventuellement envisager que le tramway emprunte la voie prévue pour les bus, mais alors, exit le site propre, ou exit les correspondances du Métro avec les lignes
- 21 Valmante - Luminy
- 22 Mazargues – Les Baumettes
- 23 Beauvallon – Roy d'Espagne
- 45 Marseilleveyre
- 44 Floralia – Rimet
Cet aménagement du sud du Rond-Point du Prado obère l'avenir en occupant par les trémies d'accès au tunnel un espace qui serait plus judicieusement dévolu au site propre du tramway (ou d'un Busway).
Si, malgré tout, le tunnel devait se faire, nous demandons que les accès soient déplacés, beaucoup plus au sud sur Michelet, en tous cas au sud du carrefour Négresko, à un endroit où l'espace est suffisant pour accueillir les trémies d'accès, sans créer de goulot d'étranglement pour la circulation de surface et en laissant un espace suffisant au développement de
transports collectifs en site propre.
Il est tout à fait évident que la modification du Rond-Point qui empêche le passage direct Prado 1 – Michelet est un obstacle majeur à l'implantation d'un tramway.
Des solutions techniques sont sans doute possibles. Elles seraient probablement plus coûteuses (pour la collectivité) et beaucoup moins efficaces.
Nous remettons donc en cause, une nouvelle fois, la modification du centre du Rond-Point et donc le passage du TPS en tranchée ouverte, au-dessus du Grand émissaire vers Prado 2.
Quelques doutes ?
A ce stade de la réflexion, on ne peut qu'être saisi d'un gros doute :
Nous démontrons que cette tranchée qui va coûter "du sang et des larmes",
- jeter à la rue quelques centaines de commerçants et leurs employés, (cf. § 5.8)
- pousser à la dépression quelques milliers de riverains
- séparer des grand-parents de leurs enfants et petits-enfants (cf § 5.7.1)
- bloquer toute la circulation des quartiers sud pendant 5 ans,
cette tranchée donc, une fois refermée et transformée en tunnel ne servira qu'à bloquer définitivement toute tentative de circulation dans la moitié de Marseille.
Ce ne peut pas être un complot.
Ce n'est certainement pas que de l'incompétence.
Nous ne nous attarderons pas sur les motivations économiques, réelles mais qui n'expliquent sûrement pas tout.
Alors quoi ?
On re-pose les hypothèses, on vérifie et on affine ses calculs … et on tombe sur le même résultat.
Seule explication, qui n'est qu'à moitié satisfaisante : les simulations du concessionnaire ont été faites à l'échelle "macro" et nous avons regardé le terrain avec le nez au ras du bitume.
Le problème, c'est que les autos circulent au ras du bitume !
Conclusion
En l'état de notre information, nous ne pouvons que demander l'abandon pur et simple du projet dans sa forme actuelle au niveau du Rond-Point du Prado.
Si ce projet devait se poursuivre, il y aurait lieu, à tout le moins de réaliser un nouveau dossier d'enquête publique mentionnant dans le détail :
- des comptages récents sur chacun des axes concernés
- les hypothèses de circulation retenues
- les méthodes de simulation
- les résultats à chaque heure de la journée et en chaque point critique et non un résultat global fondé sur un "flux quotidien ou horaire moyen".
